Agnosgeek multitâche. 
Chroniqueur : médiaTIC, RTBF.be
Secrétaire-général de la CTF (Télés francophones publiques de France, Canada-Québec, Suisse, Belgique)
Maître de Conférences à ULg Liège
Columnist De Morgen

Le blogue, phase 2, c'est parti!

Le monde bouge vite. Depuis la création de mon blogue en septembre 2007, pas mal de choses ont évolué. A l'époque, à côté de mes activités principales à la CTF, je tenais une petite rubrique hebdomadaire dans Bonjour Quand Même.

Aujourd'hui, le projet interMédias, c'est un site - qui va bientôt bénéficier d'un lifting -, une émission de radio de 45 minutes toutes les semaines sur La Première et un programme de télé mensuel d'une heure diffusée sur la Une, la Trois et RTBFSat. On mesure le chemin parcouru avec l'aide d'une équipe aussi restreinte que motivée! 

Entretemps aussi, et pour ne citer que quelques exemples, Facebook s'est imposé comme espace d’échanges et d'interaction pour un nombre croissant d'internautes sans parler de Twitter ou de Tumblr qui permettent la communication instantanée de n’importe où. 

Dès maintenant, c'est donc ici que je vous retrouve, sur une plateforme plus adaptée, plus diverse et plus libre.  Évidemment, j’ai eu un solide coup de main de mon ami Damien (Who else ?) que je remercie ici.

L'adresse du nouveau site est inchangée pour la plupart d’entre vous: www.alaingerlache.be 

Ce nouvel espace s’ouvrira à mes autres collaborations, au-delà des frontières de genres ou de langues. Ainsi, vous y retrouverez notamment les textes de la rubrique que je publie dans le quotidien flamand De Standaard. Les liens vers des articles ou billets venant d'autres sources sont facilités. Portes et fenêtres sont maintenant grand'ouvertes. Espérons que ça contribue à faire tomber les murs!

Le moment est donc venu de passer à l'étape suivante. Elle s'annonce passionnante. 

Coup d'arrêt à Google Livres.

 

C’est un coup très rude que la Justice américaine vient d’infliger au projet de bibliothèque numérique de Google en annulant un accord conclu entre le géant de l'internet et les auteurs et éditeurs américains. Un épisode de plus dans la saga de Google Livres, ce projet de grande bibliothèque numérique mondiale lancé fin 2004.

L’objectif, on le connait : mettre à la disposition sur internet le plus de livres possibles. Google numérise donc à tour de bras des livres provenant d’universités américaines et d’ailleurs, et les diffuse ensuite. S’il n’y a pas de difficultés pour les livres parus au 19e siècle, le problème qui se pose, c’est évidemment celui des droits d’auteur pour les ouvrages contemporains. Sans parler des oppositions face à un projet perçu par certains comme hégémonique. D’où de multiples recours judicaires et des accords négociés à l’arraché.

En octobre 2008, un accord était intervenu entre Google et les auteurs et éditeurs américains, sur la diffusion de livres qui ne sont pas encore tombés dans le domaine public, mais qui sont épuisés. Il prévoyait que Google rétribue les auteurs des livres numérisés sans autorisation et la création d’un Fonds de droits du livre.

Et en pratique, qu’est-ce que cela signifiait pour les lecteurs ? Ilsauraient eu accès gratuitement à une partie de l’ouvrage, environ 20%. Au-delà, la consultation devenait payante. Et les recettes devaient alimenter le Fonds d’aide.

Mais ce compromis vient d’être rejeté par un juge fédéral de New York qui ne l’estime pas « équitable, adéquat ni raisonnable". Principales objections : Google s’est lancé dans la copie d'ouvrages à grande échelle sans permission. Et la mise en œuvre de l’accord lui donnerait un monopole de fait, face à ses concurrents comme Amazon ou Microsoft. Ce qui fait dire au New York Times que Google Books vient de se prendre de face un principe vieux de 300 ans : le droit d’auteur.

Réaction de Google : « Nous sommes déçus, et nous continuons de penser que cet accord aurait permis la consultation de millions de livres devenus introuvables aux Etats-Unis ».

Mais de son côté l’association des consommateurs Consumer Watchdog se réjouit du coup d’arrêt : « Google fonctionne sur le principe de ne jamais demander de permission, et de demander pardon si nécessaire».

Une critique à rapprocher de la sanction sans précédent que la Commission nationale de l'informatique et des libertés vient d’imposer à Google en France. 100 mille euros d’amende pour avoir collecté les données privées transitant par les réseaux Wi-Fi de particuliers, lors de la mise en place de Google Street View. Dans un premier temps Google avait nié, puis s’était excusé d’avoir piraté ces informations « par erreur ».

Les libraires vont-ils subir le sort des disquaires ?

romans

Après la musique et la vidéo, le livre est en en train de migrer vers le support numérique. Et ce n’est pas sans conséquences. L’Association des Editeurs  britanniques  vient de publier les chiffres des ventes physiques et numériques pour le premier semestre de 2012 au Royaume-Uni.

Les livres imprimés sont en très léger recul par rapport à la période correspondante de l’an dernier : moins 0,4 % en chiffre d’affaire. En revanche, les téléchargements explosent : plus 188% en valeur pour la fiction, plus 171% pour la littérature enfantine et plus 128% pour les ouvrages autres que la fiction. Résultat, le marché - tous supports confondus - a augmenté de 6%.

C’est un excellent résultat. Il indique que tant les éditeurs que les lecteurs britanniques sont en train de s’adapter au nouvel environnement numérique…  Mais comme le dit un éditeur à la BBC, il y a un revers à la médaille. «Le marché fait la transition vers le numérique et il en retire des profits, c’est une bonne nouvelle. Mais la situation devient plus compliquée pour les libraires dont le nombre est en diminution ».

Vont-ils subir le même sort que les disquaires  qui ont pratiquement disparu?C’est la comparaison qui vient à l’esprit. Le contexte est quand même différent. Les disquaires avaient dû faire face, coup sur coup,  à la montée en puissance de la vente de CD par la grande distribution, au téléchargement illégal et à l’arrivée d’une offre numérique légale. C’est beaucoup. C’est toute l’industrie musicale qui a souffert de n’avoir rien vu venir et elle le paie encore aujourd’hui.

Peut-être grâce à cela, l’édition a pu anticiper les mutations. Mais les revendeurs indépendants sont devenus le maillon faible de la chaine. Pas tellement à cause du volume des ventes numériques, en tout cas pas encore. Ni à cause du piratage qui n’a pas du tout la même ampleur que dans le domaine musical. Selon The Bookseller, l’association britannique des libraires, la concurrence vient plutôt du commerce électronique et de son numéro 1, Amazon.    

Un libraire offre un service et des conseils personnalisés mais c’est ce qu’on disait aussi des disquaires. Aujourd’hui, les conseils passent par les statistiques qui tiennent compte de vos gouts et par les recommandations des amis sur les réseaux sociaux. 

Il faut donc pouvoir se remettre radicalement en question. Le plus bel exemple est donné par Amazon lui-même. Cette entreprise a fait fortune en livrant des CD et des livres physiques.  Et que fait-elle maintenant?   Elle investit à fond dans les tablettes et les contenus numériques et elle développe son propre service musical par internet pour couper l’herbe sous le pied de la concurrence.

Amazon lance son Fire Phone… pour vous vendre plein d'autres choses

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Le distributeur de produits culturels Amazon a présenté hier son premier smartphone et sur ce coup-là, on ne peut pas dire qu’il soit en avance, puisque ce lancement intervient 7 ans après l’arrivée du premier iPhone. Il était donc indispensable qu’il se différencie sur un marché qui est quasiment devenu mature dans les pays développés.

L’innovation mise en avant, c’est un écran qui donne une illusion 3D sans qu’il soit nécessaire de porter des lunettes spéciales. Ce dispositif est rendu possible par la présence de caméras sur la face avant du mobile pour suivre la position du visage et du regard du mobinaute. Une technologie qu’Amazon avait fait breveter dès 2009 sous le nom de « perspective dynamique». Ce qui démontre que ses projets ne datent pas d’hier. Et comme l’a dit - avec un sourire - son patron Jeff Bezos, «Il y a toujours plus à voir en changeant de perspective».

L'effet 3D sur le smartphone Fire Phone d'Amazon (GIF Nouvel Obs)

Ce qui motive cette arrivée sur le marché des téléphones, c’est justementqu’aujourd’hui, le mobile sert à bien d’autres choses qu’à téléphoner. C’est devenu la porte d’entrée vers toute une série de fonctionnalités qui intéressent au plus haut point une entreprise de commerce en ligne.

Quand Amazon a lancé sa liseuse Kindle, c’était avant tout pour vendre des livres en ligne. Le but, c’est que le support mobile promeuve avant tout ses propres produits culturels via son site de vente en ligne.

C’est donc une façon de contrôler toute la chaine de la consommation. D’où une autre innovation. Le bouton Firefly sur le mobile qui permettra d’identifier via la caméra ou le micro des dizaines de millions de produits cultuels et de passer directement commande. Notamment via le service Amazon Prime, un abonnement forfaitaire de 99 dollars par an qui donne un accès illimité à des livres, des films ou de la musique.

Aujourd’hui, pour les géants du web et de la hi-tech aux Etats-Unis, d’Apple à Google en passant par Microsoft et donc Amazon, il faut que l’écosystème soit complet : du matériel que vous avez en poche jusqu’aux contenus auxquels il vous donne accès.

 

Bienvenue dans le nouveau monde multi-écrans.

 

Il est inutile de rappeler à quel point les mesures d’audience sont importantes pour les chaines de télévision. Mais aujourd’hui de plus en plus de gens passent d’un écran à l’autre et ça change la donne.C’est justement pour analyser les nouveaux comportements face aux écrans multiples que Médiamétrie qui mesure les audiences en France, va lancer une étude auprès de 3000 foyers. L’objectif est de fournir aux chaines des informations précises sur un phénomène connu mais encore mal cerné. Les annonceurs pourront également bénéficier de ces données pour développer de nouvelles stratégies adaptées à ces mutations.

Médiamétrie s’est associée avec Google qui vient justement de publier une enquête intitulée « Le nouveau monde multi-écrans ». Elle analyse le comportement des américains qui disposent de 4 écrans : le téléphone, la tablette, l’ordinateur et la télévision. 

Première observation.  Parmi cette population, les écrans ont définitivement pris le pouvoir. Ils captent dorénavant 90% du temps consacrés aux médias, c’est  plus de 4 heures par jour. Les autres supports comme les journaux et magazines imprimés et la radio écoutée sur un récepteur classique sont complètement marginalisés.

Mais si on dispose de plusieurs écrans, pourquoi choisit-on tel écran à tel moment.Ça dépend de 4 critères : le temps dont on dispose, la tâche qu’on veut réaliser, l’endroit où l’on se trouve et l’état d’esprit. Et puis chaque écran à sa spécificité. L’ordinateur est plutôt utilisé pour le travail productif. Le téléphone pour la communication. La tablette pour le délassement. Cet usage induit aussi un rapport symbolique qui a son importance. Le téléphone par exemple, c’est un compagnon qui vous suit partout.  C’est pour ça que beaucoup de gens se sentent désemparés lorsqu’ils l’ont oublié chez eux le matin !

Cela dit, les gens ont tendance à combiner l’usage de ces appareils. Dans 77% des cas, quand ce public regarde la télé, il utilise aussi un autre support, son téléphone ou sa tablette, souvent en lien avec le programme regardé !

A côté de cet usage simultané, il y a aussi un usage séquentiel. C’est-à-dire qu’une activité est amorcée sur un support et poursuivie sur un autre, le tout formant une séquence autour d’un même sujet. L’exemple typique, c’est une discussion commencée sur un réseau social et que l’on poursuit sur différents supports suivant les endroits où on se trouve.

Et comment les gens vivent-ils ça ? Apparemment très bien !  Selon les enquêteurs, ceux qui sont entrés dans l’ère du multi-écrans se disent satisfaits. Ils ont l’impression de gagner du temps, de mieux maitriser leur environnement et d’être plus efficace.

 

2017, la fin de la presse imprimée aux Etats-Unis ?

littérature

« Licenciements en pagaille dans le secteur des médias » en Belgique, c’est comme cela que l’Association des Journalistes décrit la situation. 35 personnes en moins chez Sudpresse et 6 départs au Soir, ça c’est pour le Groupe Rossel. Quant à la  l’agence de presse Belga, elle va se séparer de 9 personnes dont 5 journalistes.

La Flandre n’est pas épargnée. Une centaine d’emploi sont menacés, dans des télés locales, la presse quotidienne et magazine ou encore dans les chaines privées VTM et VT4.

A chaque fois, ce sont les mêmes justifications: mutations indispensables, augmentation des coûts, baisse des recettes, détérioration de la rentabilité, nécessité d’investir dans de nouveaux outils. La conjonction de la plus grande mutation technologique et de la crise économique la plus sévère depuis des dizaines d’années peut se révéler mortelle.

Chez nos voisins, France Soir a disparu des kiosques et La Tribune risque de suivre. Aux Etats-Unis, la saignée continue. Selon le blogue Paper Cuts cité par le quotidien québécois Le Devoir, plus de 3700 postes ont disparu en 2011. C’est un tiers de pertes d’emplois en plus que l’an dernier.

La fin de la presse impriméece sera en 2017 selon le Center for the Digital Future un centre d’étude des médias très réputé de l’Université de Californie du Sud. Pour son directeur : «La plupart des journaux imprimés disparaîtront d’ici cinq ans. Les seuls qui survivront se situeront aux extrémités du spectre, les plus grands et les plus petits ». Soit les très grands médias de référence comme le New York Times et le Washington Post. Ou alors les petits journaux spécialisés. Tous les autres passeront au tout numérique ou disparaitront.

Mais la migration sur les écrans ne garantit pas à elle seule la survie.C’est ce démontre l’annonce du rachat du site d’infos en ligne Rue89 par le Nouvel Observateur. Depuis sa fondation en 2007, Rue89 a acquis une réputation et des lecteurs. Mais il n’a pas réussi à gagner de l’argent. Ses dirigeants ont beau clamer que le site continuera son travail en toute indépendance, cette évolution laisse un gout amer pour beaucoup.

A l’inverse, un autre pure player comme on dit, Médiapart, dirigé par Edwy Plenel a opté pour un modèle payant original. Cette année, ses comptes indiquent 500 mille euros de bénéfice pour 5 millions de chiffre d’affaires. Il fait vivre une soixantaine de personnes aujourd’hui. Ses lecteurs apprécient sa ligne éditoriale, clairement marquée à gauche, et la qualité de ses infos et de ses scoops, comme dans l’affaire Bettencourt. Et pour ces raisons, ils acceptent de faire un geste simple mais essentiel: payer.

 

Etre ou ne pas être ami, telle est la question.

Les réseaux sociaux sont devenus une mine pour les enquêtes qui tentent de cerner le comportement de leurs utilisateurs et ce qu’ils révèlent de la vie en société.

Pour quelles raisons devenons-nous amis avec quelqu’un sur Facebook. Ou à l’inverse, qu’est-ce qui nous conduit à supprimer une personne de la liste de nos contacts ? NM Incite, une division de Nielsen Mc Kinsey, a voulu le savoir. En y ajoutant aussi les tendances spécifiques selon le sexe.

Sans surprise, le fait de connaitre quelqu’un dans la vie réelle est le facteur qui explique que l’on devienne ami sur Facebook. Et de très loin : 82% des utilisateurs le mentionnent, surtout les femmes. Le deuxième facteur le plus cité, mais plutôt par les hommes, c’est le fait d’avoir des amis communs. Loin derrière, on trouve : l’extension du réseau professionnel, l’attrait physique ou l’augmentation du nombre d’amis. 7% des gens ne se cassent pas la tête : ils acceptent tout le monde.

Et qu’est-ce qui pousse quelqu’un à exclure une personne de son cercle de contacts ? Les commentaires négatifs arrivent en tête. Poster une remarque blessante sur un profil, c’est vraiment le meilleur moyen de se faire éjecter. Les femmes ont aussi tendance à supprimer de leur liste les gens que finalement elles ne connaissent pas très bien. Les hommes quant à eux sont impitoyables avec les personnes qui essaient de leur vendre quelque chose.  

Autre facteur qui pousse vers la sortie : les commentaires dépressifs. Manifestement se plaindre tout le temps n’est pas la meilleure façon de se rendre sympathique sur Facebook. Ni sans doute dans la vie de tous les jours, preuve que nos comportements virtuels et réels ne sont pas déconnectés. D’ailleurs, le divorce ou la séparation, c’est également une des causes de rupture sur Facebook. Attention aussi aux discussions politiques : c’est une des raisons qui conduit à désamifier quelqu’un. Comme dans les repas de familles : à aborder avec prudence.

L’enquête montre aussi qu’il y a des règles à observer de bien se comporter sur réseaux. Voici ce qui ne rend pas populaire : l’absence d’interaction, ne jamais mettre son statut à jour ou le contraire le faire trop souvent ou encore ajouter trop d’amis. Sur Facebook, il faut bien placer le curseur…

Enfin l’enquête s’est aussi intéressée aux motivations des gens qui rejoignent le réseau. Les relations familiales et amicales ou la détente arrivent très largement en tête, pour tout le monde. Parmi les raisons davantage féminines on trouve, découvrir des activités artistiques ou trouver des bons de réduction pour des produits. Quant aux hommes, ils mettent plus en avant les contacts professionnels et une autre motivation que je vous laisse deviner… Eh bien oui, la drague !

 

Quand j’entends le mot culture, je sors ma console de jeu.

romance

Beaucoup seront surpris de l’apprendre, mais le produit culturel le plus lucratif de ces dernières années, c’est un jeu vidéo. Le 3e volet de Call Of Duty vient de dépasser les recettes du film Avatar… Et pourtant il n’est sorti qu’en novembre. A grand renfort de pub et de marketing, il est vrai.  Rien qu’en Europe, 3000 magasins étaient ouvert à minuit le jour sa sortie. Un camion qui contenait plusieurs milliers d’exemplaires du jeu avait même été dérobé dans la banlieue parisienne. En 16 jours, plus de 18 millions d’exemplaires ont été vendus, ce qui a généré plus d’un milliard de dollars de recettes dans le monde…  Mais ce n’est pas l’effet du hasard. Selon Le Figaro.fr, le cout de développement de Call Of Duty Modern Warfare 3 a dépassé les 100 millions de dollars, c’est plus que beaucoup de films.

Pour beaucoup d’adultes, le monde du jeu reste pourtant très méconnu.Et notamment la signalétique européenne qui est censée guider les parents dans le choix des jeux qu’ils offrent à leurs enfants, particulièrement à cette période de l’année. En France, les pouvoir publics s’en préoccupent. Ils ont lancé une charte pour informer les parents et les enfants à propos des jeux vidéo. Ils ont aussi mis sur pied le site officiel www.pedagojeux.fr qui veut promouvoir l’information des parents, sans diaboliser le jeu vidéo.

De ce point de vue, il y a encore beaucoup à faire. Mais le jeu et son univers technologique méritent mieux que cet ostracisme … Certains l’ont bien compris. Comme un des plus grands musées du monde. Le Louvre s’apprête à remplacer ses bon vieux audioguides par des consoles de jeu de type Nintendo 3DS, une console en relief munie de deux écrans. Il faudra quand même présenter une pièce d’identité pour en disposer. Et elles seront bridées technologiquement. Vous ne pourrez pas vous en servir chez vous, si par une incroyable malchance, vous oubliez de les rendre à la sortie.

Comme sur les audioguides traditionnels, les visiteurs auront accès à des centaines de commentaires sur les œuvres et les pièces du musée. Mais la console offrira beaucoup plus de fonctionnalités. Pas mal de visiteurs se perdent dans le Louvre. C’est pourquoi la console sera pourvue de la géolocalisation. Le visiteur saura à tout moment où il se trouve. Et la géolocalisation permettra aussi d’offrir des parcours thématiques modulés selon les intérêts ou l’âge. Les enfants découvriront ainsi le Louvre avec une console de jeu à la main. Une belle approche pour les initier à toutes ses richesses culturelles…

 

L’écran mobile a dépassé le média imprimé aux Etats-Unis.

Cette fois, le cap a été franchi: les américains passent plus de temps à consulter leur téléphone multimédia ou leur tablette qu’à lire des journaux ou des magazines imprimés.En 2009, les médias imprimés étaient encore en tête face aux écrans mobiles, 55 minutes par personne contre 39. L’an dernier, ils faisaient jeu égal, 50 minutes. Et cette année, les téléphones multimédias et les tablettes surclassent les journaux et les magazines : 65 minutes contre 44. C’est ce qui ressort de l’enquête annuelle publiée par e-Marketer.

Une précision : le temps passé devant un écran mobile ne comptabilise pas seulement la lecture des sites d’information. Mais si on tient compte aussi de la consultation d’internet sur les ordinateurs traditionnels qui continue à progresser d’année en année, il n’y a plus aucun doute : l’avenir de la presse écrite est sur l’écran.

C’est confirmé par la chute du temps consacré aux médias imprimés. Elle est nette : moins 19 minutes depuis 2008, une perte sèche de 30% du temps de lecture en trois ans. Le déclin du média papier est inéluctable. A défaut de sa disparition, sa marginalisation est programmée. En tout cas aux Etats-Unis.

Et qu’en est-il des autres médias ?La télévision tire son épingle du jeu ! Les Américains ne l’ont jamais autant regardée : 4 heures et 34 minutes par jour cette année, 10 minutes de plus que l’an dernier, 20 de plus qu’il y a 3 ans.

Mais là aussi, il faut mettre les données en perspective. Tout ce qui est regardé sur un téléviseur est comptabilisé : DVD, BluRay et  la télévision à la demande. Et l’enquête additionne aussi le temps consacré aux médias même lorsqu’ils sont consultés simultanément. Comme par exemple, regarder la télé en commentant le programme sur un réseau social grâce à un appareil mobile, un usage qui se développe de plus en plus.

Avec la télé connectée à internet, ce second écran comme on l’appelle maintenant, c’est le nouveau défi à relever pour les gens de télé. Ils vont devoir concevoir des programmes pour l’écran principal avec une offre spécifique sur un écran secondaire. Bien sûr, on est en encore aux balbutiements. Mais la mort de la télévision, annoncée il y a quelques années encore, ce n’est pas pour demain.

La partie semble plus difficile pour l’autre grand média du siècle dernier, la radio. Pas d’effondrement, loin de là, mais son audience globale s’érode régulièrement, deux minutes en moins chaque année depuis 2009. Il va quand même falloir s’interroger sur son avenir.

En tout cas, globalement, le temps que les américains consacrent aux médias ne cesse de croitre, entre autre grâce à la consommation en parallèle de plusieurs d’entre eux. Le secteur est bousculé, mais il reste très dynamique.

 

Comme je l’avais annoncé ici, j’ai assisté cette semaine à Paris à la Conférence Médias 08, une rencontre annuelle consacrée à la situation et l’évolution des Médias. Programme chargé, mais de très riche, assistance de haut niveau, on n’y perd pas son temps.

 

Ce qui frappe, c’est que deux sentiments prévalent : la perplexité et inquiétude

 

Perplexité car on navigue à vue ! L’an dernier, la même conférence avait eu lieu au même moment, et personne n’avait prévu la situation actuelle, ça rend modeste !

 

Inquiétude, car les médias font face à la conjonction d’une double crise.

 

Une crise structurelle : les médias vident la plus grande révolution depuis très longtemps. On a connu l’arrivée de la radio dans les années 20-30 (Je ne parle pas de son invention mais de sa diffusion dans le grand public). Dans les années 60, la télévision a fait son entrée. Aujourd’hui, c’est l’internet.

 

Mais l’internet n’est pas qu’un média de plus, il change aussi le rapport aux médias. Le net est plus participatif, plus horizontal. Avant on écoutait la radio, maintenant on peut dialoguer en direct avec un autre auditeur ou interpeller un intervenant. Le changement est donc plus profond même si on ne le mesure pas encore tout aujourd’hui.

 

On peut faire le parallèle avec l’évolution de la distribution de musique. On est passé successivement du cylindre de cire, au disque sous toutes ses formes (le 78 tours pour terminer par le 45 et le 33), puis il y a eu parallèlement la cassette et enfin le CD.

 

Aujourd’hui, cette diffusion se fait par fichier informatique. C’est beaucoup plus profond comme révolution. Ca modifie complètement l’économie du secteur. De nouveaux acteurs sont intervenus, comme iTunes. Le piratage se fait à grande échelle. Avant, les entreprises adoptaient une nouvelle technologie. Cette fois, c’est leur existence qui est en jeu.

 

D’autant que la crise n’arrange rien, c’est le deuxième volet qui vient compliquer une situation déjà très difficile. Au moment où il faut changer de modèle, se repenser, investir, voilà que vient une des récessions les plus graves depuis longtemps.

 

On a donc une conjonction absolument catastrophique entre deux crises, l’une structurelle, l’autre conjoncturelle dont le point commun est d’être très profonde. Un peu comme quand on perd son job au moment où on se fait construire une nouvelle maison.

La presse écrite par exemple est très inquiète. On vient d’apprendre que le second groupe de la presse écrite américain en termes de revenus, Tribune Co, a été placé lundi sous la protection de la loi sur les faillites (chapitre 11) afin de « restructurer sa dette ». Plus près de chez nous, en Flandre, le ministre en charge des Médias qui n’est autre que Kris Peeters vient de réunir une table ronde pour faire face aux difficultés de la presse flamande. Le même processus est en cours en France avec les Etats Généraux de la Presse.  

Il n’ y a pas que la presse écrite. Personne n’est à l’abri. Le seul secteur multimédia qui se porte bien, c’est le jeu vidéo qui connait une croissance phénoménale. Celui qui va le plus mal, c’est la musique. Le web, quoiqu’on en pense fait la grimace, avec des investissements publicitaires qui stagnent ou régressent. En fait, on a l’impression que la magie et le hype sont passés. Maintenant chacun veut voir ce que ses investissements rapportent vraiment.


Quant à la radio et la télé, Ce qui domine, c’est une très grande prudence. Les audiences restent fortes, mais elles vieillissent et la rentabilité pas assurée à moyen ou long terme. On ne s’en sortira pas en refaisant 1968. Il faut se réinventer et réinventer un modèle économique. Avec une direction claire : devenir ce qu’appelle un média global. Aujourd’hui, ça n’a plus aucun sens de ne faire que de l’écrit, de la radio ou de la télé. On doit intégrer le média traditionnel à une stratégie internet. Plus on associe de supports, mieux c’est. On a appris hier que le patron du Washington Post vient d’entrer au Conseil d’Administration de Facebook ! Ca part dans tous les sens...

(Chronique diffusée vendredi 12.12 dans interMédias sur la Première)

 Les deux journées folles que la Belgique vient de vivre posent aussi la question de la manière dont on s’informe aujourd’hui et de la validité de cette information. 

 

Il faut le redire, le premier constat, c’est que le rythme classique de l’info est mort et enterré. La radio qui annonce, la télé qui montre et la presse écrite qui explique, c’est fini.

 

D’abord parce que les médias, au moins dans ces circonstances, ont tendance à gonfler leur offre. Et ensuite, parce pour ceux qui veulent savoir ce qui se passe il y a aussi dorénavant l’internet.

 

La force des sites d’infos en ligne par rapport aux autres médias, elle est triple : ils peuvent être consultés à tout moment, vous allez exactement sur ce que vous cherchez et vous pouvez réagir immédiatement et en discuter avec qui vous voulez. Ni la radio, no la télé ne peuvent offrir ça de la même manière.

 

Pour les gens curieux, Le mieux c’est de combiner les sources et les médias. On constate en effet que de plus en plus, les gens passent d’un support à l’autre en fonction de disponibilité et de leur situation. Et ça va encore dans la mesure où tous les médias deviennent mobiles.

 

La radio évidemment, c’est sa force, et la part de l’audience mobile de la radio est de plis en plus importante par rapport à son audience totale

 

La télé, c’est théoriquement déjà le cas, mais une nouvelle technologie arrive, le DVBH qui va vous permettre de regarder la télé en direct sur votre GSM.

 

Quant à l’internet, c’est sa grande révolution actuelle, avec les systèmes sans fil et la 3G, vous pouvez l’avoir partout, même sur le plus en plus de GSM ou de baladeurs portables.

 

L’enjeu pour les médias, c’est donc d’être présent sur toutes les plateformes. C’est pourquoi l’expression à la mode, c’est le média global. Peu importe pour la RTBF que les gens écoutent la radio regardent la télé ou surfent sur le net, pourvu que ce soit pour avoir accès à des contenus estampillés RTBF.

 

Ca a l’air simple,  mais ça modifie complètement la donne pour les entreprises. Il faut en permanence faciliter le transfert vers les autres plateformes du groupe. Mais ça se heurte parfois au conservatisme, aux habitudes, aux petites baronnies, et aux rivalités internes. On a parfois l’impression en fait que les segments les plus ouverts du public évoluent plus vite que les médias eux-mêmes.

Mais cela pose aussi la question de fond : si on est de plus en plus au courant en permanence, est-on pour autant mieux informés ? Ce qui est clair, c’est que la concurrence est plus forte qu’avant : tous les titres sont présents sur le net, avec de la video et du son.

 

Cela dit, et ça ne fera peut-être pas plaisir à tout le monde, mais il faut reconnaître que le net qui n’a pas encore gagné toutes ses lettres de noblesse quant à la qualité et la fiabilité de son info.

 

A preuve, jeudi après-midi, des sites d’infos, et non les moindre, annonçaient qu’Yves Leterme avait démissionné et était remplacé par Herman Van Rompuy. Même s’il a fini par démissionner 36 heures plus tard, c’était une fausse nouvelle mais ça n’a pas suscité beaucoup d’émotion. Il en aurait été tout autrement si ça avait été un journal, un radio ou une télé. Si on accepte plus facilement que vous vous trompez, c’est qu’on vous prend moins au sérieux !

 

Et puis il y a l’immédiateté, l’immédiateté de l’info et même du commentaire. De plus en plus de sites déroulent un mélange d’infos plus ou moins vérifiées et les commentaires à chaud du public. Ca pose quand même un certain nombre de questions quant à la véracité des faits rapportés, la mise en perspective et la pertinence des commentaires

 

On peut se demander si on n’est pas plus dans le marketing que dans l’information.

 

Quand on voit dans quel état d’hystérie le Parlement se trouvait jeudi par manque d’infos avérées et de recul (sans parler de l’envie de passer à tout prix dans le poste !), on peut se demander où est le progrès si cette frénésie de commentaires est étendue à toute la population !

 

Alors, pas d’ambigüité : il ne s’agit pas de retourner en arrière, à l’info unilatérale et cadenassée,  mais de poser en toute liberté les questions qui dérangent.

 

On est au temps de l’info en temps réel, et c’est très bien.

 

Mais il ne faudrait pas oublier - et ça vaut pour toutes les supports - que ce doit aussi être le temps de la réalité de l’info.

 

 

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