La peine de mort pour des messages sur Twitter, c’est ce que risque un jeune journaliste saoudien de 23 ans.

Il s’appelle Hamza Kashgari. Comme beaucoup de jeunes et de journalistes, il utilise Twitter pour s’exprimer, communiquer avec ses proches et rester en contact avec le monde dans un pays où tout est sévèrement contrôlé. Selon l’Ecole d’Administration de Dubai, citée par The Guardian, l’Arabie Saoudite est le troisième pays arabe en termes d’utilisateurs de Twitter, même si ça représente moins d’un pourcent de ses 27 millions d’habitants.

Le 4 février, commémoration de la naissance du Prophète, Hamza Kashgari a envoyé plusieurs tweets qui s’adressaient directement à Mahomet. Le site du quotidien libanais L’Orient-Le Jour les reproduit. ” J’aime beaucoup de choses en toi, mais il y a aussi des choses que je ne comprends pas”. “Pour ton anniversaire, je ne vais pas me prosterner devant toi (…) Je te parlerai comme si tu étais mon ami”. “Tous les grands dieux que nous adorons (…) ne sont que le fruit de notre imagination”. Ou encore “Aucune Saoudienne n’ira en enfer, parce qu’il est impossible de s’y rendre deux fois”.

Une audace inouïe qui a provoqué un déferlement de haine et de menaces sur les réseaux, comme celle-ci : « Est-ce que quelqu’un peut m’envoyer l’adresse de Hamza, l’homme qui a insulté le Prophète? Il y a des lions qui l’attendent ». Le Ministre de l’Information lui a signifié qu’il ne pourrait plus jamais exercer son métier dans son pays.

Face à ces menaces, Hamza Kashgari a d’abord essayé de se justifier: « Je jure que j’ai écrit ça par amour au Prophète, mais j’ai commis une erreur et j’espère que Dieu me pardonnera ». Mais ça n’a rien calmé. Il a effacé son compte Twitter. Et finalement il a pris la fuite vers la Malaisie en espérant y trouver la sécurité.

En vain. L’Arabie Saoudite a demandé son arrestation via Interpol. Et même si la Malaisie n’a pas d’accord formel d’extradition avec ce pays, elle entretient de bonnes relations avec lui. Le jeune saoudien a été arrêté lors de son arrivée à l’Aéroport de Kuala Lumpur, la capitale malaisienne. Et hier, il a été renvoyé à Riad où il est à présent détenu. Pourtant, selon la correspondante de la BBC, son avocat avait obtenu qu’il puisse rester sur le territoire malaisien, le temps que sa situation soit examinée. Les autorités malaisiennes sont passées outre.

Au-delà de ce cas individuel, c’est clairement une mise en garde des régimes autoritaires de la région face à la liberté d’expression des internautes, et cela, au moment où Twitter semble prêt à faire des concessions dans ce domaine.

De son coté, Amnesty International s’inquiète du sort d’Hamza Kashgari qui est considéré comme apostat, celui qui a renoncé à sa religion. A ce titre, il risque la peine de mort.

13.02.12 Retrouvez #mediaTIC dans Matin Première du lundi au vendredi à 08:30 #Matin1. Plus d’infos à découvrir sur MédiaTIC+ et sur Twitter @AlainGerlache

  1. alaingerlache a publié ce billet