Au commencement était le web.

Alain Gerlache,
Chroniqueur, médiaTIC RTBF,
Secrétaire-général de la CTF (Télés francophones publiques de France, Canada-Québec, Suisse, Belgique),
Maître de Conférences à ULg Liège,
Columnist De Morgen, chroniqueur Marianne Belgique.
Agnosgeek multitâche.
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Ces dernières semaines, le débat a fait rage en France et ailleurs autour de la manière d’enrayer les poussées de fièvre racistes, antisémites et homophobes sur les réseaux sociaux. Ily a bien sûr des extrémistes de tous bords qui sont actifs sur le web. Mais pour expliquer ces dérapages de plus en plus fréquents, on a aussi pointé l’arrivée en masse sur les réseaux sociaux de nouvelles générations d’internautes. Des adolescents dont le bagage culturel, les références historiques et les modes d’expression sont complètement différents de ceux des adultes. Cela vaut surtout pour Twitter qui était jusqu’il y a peu un réseau où les professions intellectuelles, les étudiants et les journalistes étaient largement majoritaires.

Mais d’autres facteurs interviennent. Un exemple. Tous ceux qui suivent les réseaux sociaux attentivement depuis leurs débuts le savent : il n’a pas fallu attendre que les adolescents débarquent pour que des discussions sur internet dérapent complétement. Il y a même une théorie à ce sujet : la Loi de Godwin bien expliquée sur Wikipédia. En résumé : « Plus une discussion sur internet dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Adolf Hitler s’approche de 1 ».

Autrement dit, quel que soit le sujet, lorsque des débats sur le web s’éternisent, on en arrive finalement à s’envoyer à la tête des insultes qui font références au IIIe Reich. Ce moment dans la discussion est appelé le Point Godwin. Dès qu’il est franchi, toute discussion devient impossible.

Dans ce cas, ces références historiques restent négatives, ce n’est pas comme quand on fait de l’humour douteux sur la Shoah par exemple.Mais on peut quand même se demander si l’invocation de ces références à tort, et à travers et à tout propos, ne constitue pas une forme de banalisation du fascisme et du nazisme. Même si elle est bardée d’oripeaux intellectuels. Une banalisation qui incite à la surenchère, voire à la dérision. Ce qu’on pourrait appeler la lolification de la Shoah telle qu’on l’a pu la voir à l’œuvre sur Twitter autour du mot clé #unbonjuif.

On le redit : ce n’est évidemment pas la seule raison. Et on ne peut nier que le comportement des jeunes sur les réseaux sociaux pose des questions spécifiques.Il n’y a pas encore beaucoup d’études sur le sujet. Mais on peut s’inspirer des constatations qui sont faites dans le domaine du cyber harcèlement. Elles indiquent que les jeunes ont un grand sentiment d’impunité sur internet, plus que dans la vie réelle. Et cela encourage la perte des repères qui sont pourtant essentiels à la vie sociale. C’est sans doute cette voie qu’il faut approfondir. Et pas seulement pour les ados.

30.01.13 Retrouvez #mediaTIC dans Matin Première du lundi au vendredi à 08:25 #Matin1. Plus d’infos à découvrir sur MédiaTIC+. Rendez-vous aussi sur Twitter, Google+, Facebook et SoundCloud.