Dans le flot des lectures quotidiennes d’un chroniqueur web, il y en a qui intriguent, voire interpellent. C’est le cas de cet article paru tout récemment sur le site de Rue89. Il s’intitule : Du Minitel à l’iPad sans transition : le choc techno des ex-taulards.
Tout est parti d’une question posée sur Quora. C’est un site d’échanges d’informations articulé sous la forme de questions les plus diverses auxquelles les membres fournissent les réponses. En l’occurrence, la question était : Comment se sent-on face à l’évolution technologique après 20 ans passé en prison ?
Michael Santos, un ex-détenu, y a longuement répondu sous la photo d’un imposant GSM Motorola première génération. Le genre de bidule qui fait s’esclaffer tout le monde quand on le voit dans un épisode d’une vieille série télé. Quand il a été incarcéré en 1987, il n’y avait pas de SMS, pas d’internet, pas de réseaux sociaux et les imprimantes fonctionnaient encore avec du papier perforé. Son sentiment quand il est sorti tient en une phrase : ” C’est comme si je me retrouvais dans un monde étranger “
Et ce n’est sans doute pas un cas isolé.C’est ce qu’a voulu savoir Rue89 en recueillant les témoignages d’anciens détenus.
Laurent, 47 ans, 25 ans de prison, libéré en 2010. “ A ma sortie, J’étais fasciné par le micro-ondes. Je le regardais fonctionner. Quand vous n’avez pas connu ça, c’est un truc dingue. En prison, on entend parler de tout ça à la télé, mais on ne peut pas se rendre compte, on n’a pas la sensation des outils.”.
Gabriel 52 ans, 17 ans de prison libéré en 2001. ” Je me souviens encore de mon premier contact avec la modernité. A ma sortie, j’ai voulu retirer de l’argent au distributeur. Je tape mon code mais mon compte est bloqué. Si mes anciens codétenus m’avaient vu, moi, l’ancien braqueur, coincé comme ça, ils auraient bien rigolé ”.
Quel que soit leur passé, ces personnes ont le droit à être préparées à la réintégration. C’est le pari des sociétés démocratiques. Pour Samuel Gautier, de l’Observatoire international des prisons ” Il faut que le numérique entre en prison. Quand un type sort au bout de dix ans et qu’il ne connaît que le Minitel, ça pose des problèmes de réinsertion. “
C’est ce qu’a ressenti Gabriel : “Quand on sort, il y a déjà la difficulté de s’adapter aux choses simples de la vie, celles du contact avec l’humain, le monde réel. La modernité, la technologie, le monde virtuel, c’est un autre palier. On y plonge brutalement : ça peut être vécu comme une forme de violence. Avec de la frustration : celle de ne pas pouvoir maîtriser ces objets ”.