
Une campagne électorale imprévue, courte et impopulaire, ça fait quand même trois contraintes fort lourdes. A un peu plus d’une semaine du vote du 13 juin, c’est le bon moment pour faire le point sur la campagne dans les médias.
Une campagne imprévue, pas besoin d’expliquer. Lorsque l’OpenVLD a lancé son ultimatum, un éminent spécialiste constitutionnel passé en politique faisait rire tout le monde à Mise Au Point en parlant d’ultimatummeke. Quelques jours plus tard, patatras, le gouvernement tombait. Conséquence : les partis ont été pris de court et on dû parer au plus pressé. Difficile d’être très novateur dans un tel contexte. Campagne courte, c’est la conséquence. Pas le temps de fixer un calendrier et développer une campagne à plusieurs niveaux. Tout a l’air d’arriver « quand c’est prêt ». Enfin impopulaire, pas besoin d’insister. A cause de l’imbroglio politique, mais aussi de la crise. Et ça force les partis à jouer profil bas. Pas question de donner l’impression de jeter l’argent par les fenêtres. Sobriété, c’est le mot d’ordre.
Sobriété, c’est aussi le mot d’ordre pour les médias et pour les mêmes raisons, plus une : c’est une dépense non prévue au moment où ils sont en pleine période de vaches maigres. La dotation des médias audiovisuels publics a été amputée, au point soit dit en passant que la VRT pourrait être en grève la semaine prochaine.
Résultat, ici aussi on pare au plus pressé mais en plus au moindre coût. Beaucoup de débats se déroulent dans le cadre et le décor des JT et des émissions politiques traditionnelles. On est à des années-lumière des studios virtuels de la BBC lors de la dernière campagne, mais bon, on le sait, les chaines belges ne jouent pas dans la même division. Mais ça renforce le caractère profil bas de la campagne.
Mais les interviews et les débats, ce n’est pas toute la couverture d’une campagne, il y a aussi ce qu’on trouve dans les journaux. La tendance, c’est la collaboration entre rédactions du Nord et du Sud. Ce qui n’empêche pas le prisme. Le weekend dernier la libre intitulait son dossier : « De quoi les flamands ont peur ». Et le débat dominical de la VRT avait pour titre : « De quoi ont peur les francophones… » Mais relevons aussi, en télé, la diffusion de séquences sous-titrées provenant de la chaine de l’autre communauté. En clair, des reportages de la VRT à la RTBF et vice-versa.
Bien sûr, on pourra ironiser et dire c’est parce que ça coute moins cher que les produire soi-même. Mais c’est surtout l’occasion d’avoir l’info en prise directe à la fois sur les faits et les commentaires et aussi dans la langue originale. Et on sait que ces derniers mois, beaucoup de personnes ont insisté pour que le sous-titrage se généralise. Ce qu’on découvre, c’est que ça induit une autre approche de l’info, un peu comme le Courrier International a pu renouveler l’information sur l’actualité à l’étranger.
Est-ce que les partis et les candidats se rattrapent sur internet ? C’est la question qui tombe sous le sens en effet. On peut se dire que c’est plus léger à produire, plus branché aussi. Mais la présence ça s’apprend et un réseau, ça se construit. Et ça ne se fait pas en 15 jours. Résultat, à part quelques initiatives isolées, l’impact du web des réseaux dans la campagne parait quand même assez limité. Non que ça ne prenne pas de place, mais on peut s’interroger sur la capacité des uns et des autres de se démarquer et donc de gagner des voix.
En fait, on a surtout l’impression que la campagne sert d’accélérateur à l’apprentissage d’un nouveau mode de communication et d’échanges. A cet égard, je conseille à ceux qui veulent aller plus loin de consulter l’excellent site tetedeliste.com qui passe au crible la présence et l’activité des politiques sur le web.
Mais l’enjeu, ce sera de voir ce qu’il en restera après les élections. Sans tomber dans la démagogie ou les chimères, une gouvernance un peu plus ouverte ne serait sans doute pas une mauvaise chose au moment où les citoyens se sont éloignés de leurs représentants. A moins que ce ne soit l’inverse.
Et pour terminer, signalons quand même, le grand retour du pin’s en Flandre. Depuis quelques jours beaucoup de candidats arborent un pin’s avec le logo ou le slogan de leur parti. Au CD&V, le badge est même personnalisé de cette façon : « Marianne soutient le New Deal du CD&V ». Mais globalement, le résultat est, disons, diversement apprécié !

Rubrique diffusée vendredi 04 juin 2010 dans interMédias sur la Première.
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