Agnosgeek multitâche.
Chroniqueur : médiaTIC, RTBF.be
Secrétaire-général de la CTF (Télés francophones publiques de France, Canada-Québec, Suisse, Belgique)
Maître de Conférences à ULg Liège
Columnist De Morgen.
Catching Elephant is a theme by Andy Taylor
Pendant des mois, les médias flamands ont été informés des résultats de sondages les plus divers réalisés par la société Data Driven. Comme c’était le plus souvent insolite, fun et aussi… gratuit, ils les ont publiés. Exemples récents : la durée de passage dans l’isoloir qui aurait diminué entre 2009 et 2010. Et celui qui a été repris partout : les pratiques sexuelles des électeurs des différents partis flamands.
Et comme il affirmait que c’était les électeurs de l’OpenVLD qui étaient les plus performants, tant quantitativement que qualitativement, c’est en référence à ce sondage qu’Alexander De Croo a conclu son dernier discours de campagne à Gand.
On comprend qu’il ait voulu faire allusion au seul sondage qui était bon pour son parti. Problème, c’était bidon. Ou alors tellement vrai que les électeurs du VLD avaient mieux à faire qu’aller voter dimanche matin… Enquêtes inventées, résultats fantaisistes, et pour couronner le tout, le Bureau en question, n’existe tout simplement pas.
C’est en fait la célèbre boite de prod flamande Woestijnvis qui était derrière l’opération. C’est Woestijnvis que la VRT doit ses plus grands succès depuis 15 ans, comme Les Douze Travaux, Man Bijt Hond ou De Slimste Mens.
Et c’est d’ailleurs pour tester un nouveau concept d’émission dont on ne sait encore rien, qu’ils se sont livrés à cet exercice pendant un an. Ce qui démontre que ce sont des professionnels du show. Mais de la déontologie, c’est moins sûr.
C’est en tout cas le reproche qui leur est fait par l’association des journalistes flamands qui parle d’attitude scandaleuse. Car il n’y a pas de démarche journalistique comme dans certaines émissions, parfois elles aussi controversées.
Selon l’association c’est une pure tromperie qui joue avec la crédibilité des médias. Et les victimes, ce seront les associations honnêtes dont on ne publiera plus aussi facilement les communiqués. Parce que cela pose au fond la question du contrôle par les journalistes des infos qu’ils publient. Et tout s’enchaine, puisque j’avoue que j’avais aussi tweeté les résultats du sondage publiés par le Standaard. Evidemment, si le Standaard le publiait… Sauf qu’eux l’ont aussi repris d’ailleurs. L’Association des Journalistes reconnait d’ailleurs qu’il y a un problème. Et elle met en cause les conséquences négatives la révolution internet.
Une enquête, citée par TerZake et vraie celle-là, en tout cas je l’espère, a montré que les journalistes britanniques produisent aujourd’hui trois fois plus qu’il y a 30 ans. Et il y a de plus en plus d’infos reprises d’autres sources et donc souvent non vérifiées. Plus, plus vite, et moins bien, c’est le risque.
Bien sûr, on ne reviendra pas en arrière. On ne va pas fermer internet. Mais faut-il pour autant que les médias l’utilisent n’importe comment ? Le Président des journalistes flamands s’en prend notamment à tous ces sondages que les médias organisent via internet et qui n’ont aucune valeur scientifique. C’est donc aussi aux journalistes de balayer devant leur porte. Cela dit l’Association souligne quand même que c’est un journaliste de Het Belang van Limburg qui a découvert que le l’Agence et donc les sondages, étaient bidon. L’honneur est sauf.
Chronique diffusée dans interMédias sur La Première le 18.06.2010.